Topic poésie

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Roi of the Suisse
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Re: Topic poésie

Message par Roi of the Suisse » 15 juin 2026, 18:15

Une traduction de ma chanson préférée du moment : Yoru no Sei, de Yoshiko Sai.
C’est une traduction qui conserve le rythme, donc on peut théoriquement la chanter.
J’ai essayé de perdre le moins de sens possible, mais la priorité était le rythme.



[Couplet 1]
夜の雨
La pluie dans la nuit
ふりやんだ
Vient de s’arrêter.
濡れてるう 街の
Toute la vi-lle est détrempée.
やねやねに
Là-haut sur les toits
月の光が
Sautille un rayon de Lune
凍りつく
Qui répand la brume.

[Couplet 2]
私は
Je déambule
ひとりで
En solitaire
意味のな-い
Et je consi-dère
ことばを
Des mots absurdes !
思いうかべては
Ils émergent dans ma tête,
つらつらあと
Dansent dans mon esprit
流れゆく
En flots infinis.

[Couplet 3]
風のない
Il n’y a pas de vent.
街角に
Au coin de la rue,
たたずむう
Immobile, attend
あの娘は
Une inconnue.
月の影をあびて
Elle est baignée d’étranges lueurs :
青ざめた
Sous la Lune luit
夜の精
L’esprit de la nuit.

[Refrain]
狂った 
Et la folie
まああちも
gagne les faubourgs !
夜うに 
Quand vient la nuit,
なああれば
Tout ce qui m’entoure
不思議な 
Est transformé
くにへと 
En nébuleux
変わりゆく
Pays merveilleux !

[Couplet 4]
青白い
Aux lueurs du soir
光に
Bleues et blafardes,
鏡をお
Si tu regardes
のぞけば
Dans un miroir,
暗やみに
De l’obscurité
にじんだ
Va transparaître
まぼろしが
Un terrible spectre
浮かびでる
Voulant s’évader.

[Pont instrumental]

[Couplet 1 à nouveau]
夜の雨
ふりやんだ
濡れてる街の
やねやねに
月の光が
凍りつく

[Refrain à nouveau]
狂った街も
夜になれば
不思議な
くにへと
変わりゆく

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Re: Topic poésie

Message par Roi of the Suisse » 23 juin 2026, 15:03

Impossible d'en trouver une partition sur internet, donc j'ai fait une retranscription moi-même :

https://www.roiofthesuisse.fr/vrac/yoru%20no%20sei.pdf

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Re: Topic poésie

Message par Roi of the Suisse » 30 juin 2026, 19:12

Les géants

Ils sont dix fois, cent fois plus grands
Que nous, les habitants du monde.
C’est parfois en nous dénigrant
Qu’un nous écrase en flaque immonde…
Ou par mégarde ! C’est frustrant.

Ils sont cent fois, mil fois plus lourds.
Par dizaine ils nous assassinent.
Ils vivent dans d’immenses tours.
Leur corps long court sur les collines.
Ils font les fruits, les fleurs, le jour !

L’on n’a point d’autre destinée
Que s’introduire en leur domaine
Et risquer d’être piétinés,
Car c’est le monde qu’ils détiennent !
L’on ne peut point se mutiner.

Nous comptâmes hier encore
Sur le charnier, recto-verso,
De deux amis les flasques corps :
L’un sa coquille en mil morceaux,
L’autre les pattes sans raccord.

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Re: Topic poésie

Message par Roi of the Suisse » 17 juil. 2026, 22:37

Le paresseux

De tous les singes, le plus sage
N'est ni le chimpanzé ni l'homme !
(Ceux-là pratiquent le lynchage
Sur leurs semblables innocents :
Au nom d'idées ou pour des pommes,
Ils assassinent l'opposant.)

Couvert de mousse et de lichens,
Le doux singe est le paresseux !
La jungle sud-américaine
Est le royaume des gentils.
Papillons, mites sont chanceux,
Dans sa fourrure, bien lotis.

La vertu mère du bradype,
Qui est la clé de sa sagesse,
Qui en fait l'ultime chic type,
N'est autre que sa nonchalance !
Son pacifisme est la paresse,
L'apolitique indifférence.



Je ne suis pas forcément d'accord avec le message du poème. C'est inspiré de la philosophie développée dans le Précis de Décomposition d'Emil Cioran. Pour ma part, je pense qu'il est bien plus judicieux d'être un turbo-communiste assoiffé de sang qui s'en va affronter les turbo-fascistes assoiffés de sang. Parce que c’est pas des mecs comme lui, qui laissent faire les choses, qui ont débarrassé son pays de la Garde de Fer… Bref, c'était juste pour l’exercice.

Je pratique le schéma de rimes ABACBC.

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Re: Topic poésie

Message par Roi of the Suisse » 19 juil. 2026, 11:38

La bouillie de millet

Le chef Chaghan Temür
Et ses guerriers mongols
De cadavres, d'armures
Avaient jonché le col.

L'armée de Zhu Yuanzhang
Était mise en déroute.
C'est dans les monts Taihang
Qu'il dut prendre la route.

Des bourrasques soufflaient,
Levant de la poussière ;
Zhu Yuanzhang détalait,
Ils ne le pourchassèrent.

« Aucun homme blessé
Ne survit en ces cimes,
Railla Chaghan, laissez
Ce généralissime. »

*
*   *

Lundi, mardi, jeudi,
Zhu mangea des racines ;
Mercredi, vendredi,
Les fruits de l'aubépine.

Ces baies étaient acides,
Les racines amères.
Les jours étaient torrides,
Les nuits étaient polaires.

Zhu Yuanzhang affamé,
Titubant, tomba sur
Un vieil homme tanné,
Son âne et sa masure.

Le doyen recueillit
Le général fourbu,
Lui fit une bouillie
De millet, que Zhu but.

Ce gruau dévalait
La gorge du convive ;
À son menton coulaient
Les larmes, la salive.

« C'est la meilleure chose
Que j'ai jamais mangée !
Cuisinier virtuose,
Soyez en louangé ! »

Le lendemain, l'ancien
Lui harnacha son âne.
Zhu regagna les siens,
Ses soldats, sa campagne.

*
*   *

Zhu — les années passèrent —
Devint l'empereur Ming.
« Chaghan, six pieds sous terre,
Les pissenlits rumine ! »

Les paons, dans les lotus
De son palais fleuri,
Ouvraient des roues profuses,
Poussaient de charmants cris.

Marmitons, maîtres queux
S'affairaient en cuisine
Concoctant des mets que
Les nobles de Nanjing

Trouvaient fort délectables.
Mais Zhu — dit « le roi Wu » —
Semblait rêveur à table,
La main contre sa joue.

« Ces festins sont bien bons
Mais n'égalent en rien
La bouillie des hauts monts,
Régal végétarien. »

Les cuisiniers perplexes
Lui firent la bouillie
De millet. Par réflexe,
Pour la rendre embellie,

Mêlèrent du soja,
De l'huile de sésame,
Un épais bouillon d'oie,
Du poivre de Sichuan.

« Vous n'avez rien compris !
Recracha le roi Wu,
Au véritable esprit
Du plat auquel je voue

Cette mélancolie. »
Les cuisiniers revinrent
Avec une bouillie
Simple dont ils n'obtinrent

Qu'un sonore soupir.
« C'est fade. » Il repoussa
Le plat. « C'est à mourir
D'ennui. Ça n'est pas ça. »

On alla retrouver
Là-haut dans les montagnes
Le seul chef approuvé
Par le roi Wu. « Oh ! Soigne,

Vieillard, mon triste cœur
Depuis ce moment-là
Resté dans les hauteurs. »
Le vieux sujet son plat

Tendit à l'empereur,
Qui se jeta dessus.
Mais le roi dévoreur
Fut à la fin déçu.

« Bon vieillard, es-tu sûr
Qu'elle est à l'identique ? 
— Elle est de ma masure.
La recette est antique. »

Le roi Wu défaillit,
Penché sur sa fenêtre.
« Ce n'est pas la bouillie,
Je dois le reconnaître,

Qui était féerie,
Mais ma faim. Qu'on honore
L'ânier par des soieries,
Un titre, un lingot d'or. »

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Re: Topic poésie

Message par Roi of the Suisse » 04 août 2026, 15:08

Mon garagiste-réflexologue

Mon garagiste-
réflexologue
est mentaliste,
Voire astrologue

(Aussi un peu
Naturopathe).
Des quatre pneus
Ses deux mains tatent

Le caoutchouc
Jusqu’aux recoins
De chaque roue.
Il pousse un point

D’acupression,
Cela répare :
Clim, transmission,
Moteur et phares…

Autoradio,
Joint de culasse,
Portes, capot,
Et essuie-glaces.

De chaque endroit
Du pneumatique
Vers chaque endroit
Un fil cosmique

Sur la voiture
Fait correspondre.
C’est la nature
Qui a dû pondre

Un tel schéma
Entremêlé
Qu’un grand lama
Sut révéler.

C’est épatant.
Non, ça n’est pas
Un charlatan.
Je ne suis pas

Non plus jobard
Ou boniface.
Il faut y croire
Pour que ça marche !

RipatouillonsAbsin.
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Re: Topic poésie

Message par RipatouillonsAbsin. » 15 août 2026, 09:52

J'interromps la suprémacie de RotS sur le topic poésie en postant une réécriture des voyelles de Rimbaud sans a, ni o, ni u. (Comme je n'ai aucune inspiration poétique, je réécris des poèmes en utilisant des contraintes oulipesques).

Lettres (Voyelles sans l’O ni l’I ni l’A)


Ébène, E blême, de gueules, U vert, bleu : lettres,
Desquelles je révèle les débuts perdus :
Busc ébène des sphex, qu'enserre un feu ténu,
Susurrements, près de senteurs cruelles, d'êtres,

Creux secrets ; E, blême des fumées et des tentes,
Épées de névés rudes, ducs blêmes, tremblez,
Fleurs ! Lèvres, de gueules, désennuyées d'emblée,
Querellées, éméchées, de secrets émulgentes ;

U, cercles, tremblements célestes de mers vertes ;
Chut, herbes semées de bêtes, fentes expertes
Que l'étude sculpte sur les têtes lettrées !

Suprême bugle bleu, repu de vents fumeux,
Détente pure, trêve de l'éther brumeux,
Bleu suprême, bleu de Ses Yeux, reflet feutré.


C'est pas un sonnet parfait, parce que répétition de mots, mais j'ai une alternance de rimes voyelles et consonnes. (Le fait que ce soit imprononçable n'est qu'un maigre problême.)

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Re: Topic poésie

Message par Roi of the Suisse » 16 août 2026, 11:37

Braveaux :fgr:
Les vrais savent que la poésie, c’est avant tout un jeu de construction logique contraint, comme euh le sudoku. Ah non oups on me dit dans l’oreillette que c’est juste nous-autres les autistes qui croyons ça, en vrai il faut mettre des sentiments dedans urgh berk eww =>[]


Quand utiliser la forme sonnet ?

Je me faisais la réflexion récemment : on a tendance à utiliser la forme sonnet un peu par défaut, sans trop réfléchir, parce que tout le monde en fait, et que la mode se propage, c'est un cercle vicieux.

Dans l'idéal, la forme doit faire écho au fond, et le sonnet est très bon pour symboliser un rétrécissement ou une accélération (parce que les strophes deviennent plus courtes).

J'allais citer comme exemple un poème parfait pour ça : Mignonne, allons voir si la rose, de Ronsard, qui parle du temps qui passe si vite et des jeunes filles qui deviennent des vieilles mémés bossues en un battement de cil, sauf que CATASTROPHE :omg: , ce poème n'est pas du tout un sonnet, c'est juste trois strophes de structure AA B CC B.


Un sonnet à moi

Je propose donc celui que j'ai envoyé à Némau la semaine dernière :


La pastèque à voyager dans le temps

Les yeux fermés, je me transporte ailleurs :
Dans la forêt, non loin de l'océan.
La pastèque à voyager dans le temps
Est posée sur mes jambes en tailleur.

En cercle, assis, sous le brûlant zénith,
Nous festoyons, inaugurant une ère.
Chacun est druide, et ses rêves lunaires.
Partageons la bouteille d'eau bénite,

Quelques sandwichs et des poignées de chips !
Hommes de l'art, annonçons nos trouvailles,
Présentons le fruit de notre travail !

Le ciel est bleu, loin de l'apocalypse ;
En ce temps-là, l'avenir est promesses.
Nul souci ne filtre ce rond de fesses.



Je ne fais jamais de sonnets (parce que j’ai rarement besoin de parler de rétrécissement ou d’accélération), mais j’ai fait celui-ci la semaine dernière suite à une discussion avec Némau.
Il renvoie à une célèbre photographie.


Les bienfaits de la césure 4+6

Naturellement, les poètes occidentaux ont pratiqué la césure 4+6 sur les décasyllabes parce qu'ils avaient peur des vers impairs. Ils avaient raison et tort à la fois.
- Ils avaient raison parce que 4+6 et toutes les césures asymétriques sont excellentes pour ne pas avoir un rythme ennuyeux (sinon on a l'impression de compter jusqu'à 5 des dizaines de fois, mais en lisant des mots, c'est tout sauf musical). Allez-y, comptez jusqu’à 5 des dizaines de fois, vous allez trouver ça chiant. Idem pour la césure 6+6 des alexandrins, c’est une mauvaise idée.
- Et ils avaient tort parce que les vers de 5 pieds sont très coolz. Je les utilise souvent et spontanément, peut-être parce que je lis trop de haïku. Comme on est habitué au 6 et au 8, le 5 et le 7 sont considérés par le cerveau comme des 6 et 8 dont le dernier pied est silencieux, un genre de repos avant de lire la ligne suivante. En musique, l’équivalent de finir une phrase de noires par une blanche.

Sur la page précédente, La Tortue et les trois Lions est aussi en 4+6. Ça donne un côté La fontaine, dont les vers étaient souvent irréguliers, sous prétexte de musicalité.


Je parlerai de tout ça dans ma postface, prêtant ces hot takes à des philosophes grecs ou chinois imaginaires, afin de ne pas assumer.

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